Tunisie : « Toute révolution subit des tentatives de contre-révolution »

À la suite des violences, des pillages et de manifestations réprimées, le gouvernement provisoire tunisien a décidé d’instaurer à nouveau un couvre-feu à Tunis et sa banlieue. Riad Ben Fadhel, ancien directeur du Monde Diplomatique arabe, explique la situation en Tunisie.

EFJ-Mag : Pourquoi un couvre-feu ? Est-ce une régression de la révolution  ?

Riad Ben Fadhel : « C’est à la suite des nombreux pillages et violences que le gouvernement provisoire a instauré ce couvre-feu. Même si ses raisons sont légitimes, il nous a ramenés à une période assez noire de la révolution. Depuis samedi, il y a eu des répressions par les forces de l’ordre contre les casseurs qui se sont attaqués à des biens publics comme des écoles, des gares et des postes de police et des affrontements ont eu lieu. En parallèle, des manifestants ont subi une autre répression. Ces rassemblements ne sont soutenus par aucune force politique, syndicale ou sociale… Il est donc encore plus difficile de les différencier des casseurs. »

Quelles sont les attentes du peuple tunisien ?

RBF : « La rue est en ébullition parce que le rythme des réformes démocratiques et des procès du clan de l’ancien président n’est pas suffisamment appuyé. Le pouvoir judiciaire doit accélérer les procédures bien qu’il manque de moyens humains et techniques. De nombreux politiques sont mis en cause. Seul le procès du neveu de l’épouse de Ben Ali est terminé, mais il n’a été condamné qu’à deux ans d’incarcération pour consommation de marijuana… Les Tunisiens souhaitent tourner la page, le peuple veut une rupture définitive avec le régime Ben Ali. »

De nombreuses rumeurs courent sur un report potentiel des élections prévues initialement le 24 juillet. Sont-elles fondées ?

RBF : « Ces élections sont une gageure, c’est un pari qui n’est pas du tout évident à relever. Malheureusement, on est quasiment à J -28 des dépôts de listes électorales. Le Haut comité électoral, qui va se réunir samedi pour la 1ère fois, statuera à propos de la faisabilité technique des élections. Selon moi, il vaut mieux un report des élections plutôt que des élections trop prématurées. »

Avec les nombreuses déclarations de l’ancien ministre de l’Intérieur, Farhat Rajhi, l’instauration du couvre-feu et le report potentiel des élections, n’avez-vous pas peur d’un retour en force du RCD, l’ancien parti de Ben Ali ?

RBF :« Toute révolution subit des tentatives de contre-révolution donc effectivement, en Tunisie, il y a encore de forts courants dans les forces de l’ordre et dans l’administration qui sont toujours dans la lignée de l’ancien régime. Ignorer ces dangers serait criminel. C’est une nécessité que de rester vigilant contre toutes tentatives de déviation par le RCD. »

Quelle est la place actuelle des islamistes en Tunisie ?

RBF :« Il faudrait être aveugle pour ne pas constater que le projet conservateur, porté par le parti islamique Ennadha, jouit d’une assise populaire indéniable. Il a une cohérence idéologique, politique et sociale et commence à avoir une forte influence. Si les autres partis restent éclatés et ne conçoivent pas de réels projets, on peut craindre une majorité du parti islamique aux élections. Et ça serait une vraie régression pour ce pays. »

Publié le: 14 mai 2011
EFJ MAG
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